Les enjeux de la campagne participative
A l'approche du 11 février 2007, jour du grand oral de notre candidate, j'ai eu envie de vous livrer quelques remarques, qui, je l'espère, vous feront réagir.
Les militants socialistes ont choisi au terme de longues primaires une candidate, qui n'avait pas vocation, selon la tradition du parti, à être investie pour briguer la plus haute responsabilité politique du pays. Ceci a pu apparaître comme une première faute de goût, comme la preuve d'une immaturité politique ou d'un aveuglement.
Il y a peu de femmes dans l'histoire du parti, à l'exception de l'histoire récente, qui ont laissé la marque de leur personnalité et qui ont su capté une partie d'un électorat invisible. Au soir de son élection, sont sortis de l'ombre une multiude de camarades, dont on ignorait l'existence et l'implication. Ce fût un grand réconfort pour les plus anciens d'entre nous. Puissions-nous faire un très, très long chemin ensemble.
Ségolène Royal, parce qu'elle a fait et fait encore l'objet, d'attaques très virulentes portant sur ses capacités intellectuelles, politiques et sa sincérité, ne suscite certainement pas l'indifférence. Le mépris dont elle est parfois la cible, traduit le doute et la peur de ceux qui ressentent intuitivement que quelque chose bascule, sur lequel ils n'auront peut-être plus la main. D'où le silence de certains et la hargne des autres.
Ségolène Royal dérange surtout, non pas parce qu'elle est femme, non pas à cause de sa méthode participative que l'on a souvent taxée de démagogique, mais parce qu'elle est la manifestation vivante de la défiance des citoyens vis à vis des élites et des experts. Elle l'incarne mieux que l'extrême-gauche qui peine à réaliser un front uni contre l'ultra- libéralisme. Elle irrite l'establishement médiatique parce qu'elle se passe d'eux, au travers des débats participatifs. Les médias n'ont plus ce monopole de la parole publique.
Le succès des débats participatifs montrent ceci : Les Français ont des choses à dire, il n'ont pas peur de se battre pour être les meilleurs, ils sont prêts à s'investir pour leur pays et l'avenir de leurs enfants. Mais, pour eux, le terrain est miné, les jeux sont faits, tout est déjà décidé d'avance et même pas à Bruxelles, mais dans des scénacles entre quelques uns, bien au fait des choses. Ils craignent pas autant la concurrence des travailleurs étrangers que le mensonge et la collusion des éites politiques, médiatiques et économiques à leur détriment : d'où le rejet massif du traité européen.
Quel que soit le résultat des débats participatif, leur succès montre que notre candidate a vu juste et que notre parti est redevenu cette avant-garde, retrouvant par là, sa vocation révolutionnaire, dans un cadre réformiste. Il s'agit d'une révolution en douceur, sans exécution, ni massacre. Loin d'être violente et rapide, elle est lente et laborieuse, donnant parfois une impression d'essoufflement. Notre société a le culte de l 'immédiat, confond rapidité et efficacité, oubliant qu'il faut au moins vingt ans pour faire un homme et cent fois plus pour faire une civilisation.
Il faut laisser le temps aux citoyens d'investir le champ du politique, qu'ils prennent l'habitude de donner leur avis, d'exprimer leur craintes et leurs difficultés. Il faut aussi les rassurer et leur montrer qu'ils ne sont ni des pions sur un échiquier, ni des numéros ou des informations dans des banques de données informatiques. Il faut que l'humain devienne la priorité du politique, donner vie et chair au contrat social, soumettre l'économique.
Les débats participatifs doivent être inscrits dans la Constitution française, être pris en compte dans les travaux des cabinets ministériels et des commisions parlementaires. Il ne faut pas seulement prendre en compte ce que dit le ciotyen, mais aussi lui rendre des comptes. C'est ce que notre démocratie a oublié.
Il y a en France, une crise de la démocratie qu'on identifie comme une crise de la représentativité. Il faut donc redonner du pouvoir au parlement, instaurer une vraie responsabilité de l'exécutif. Il faut enfin que les citoyens aient réellement la main sur leur vie, sur ce qui les touche de près au quotidien.
Pour cela des réformes institutionnelles et des nouvelles pratiques sont nécessaires. Les débats participatifs constituent une ébauche de ce qui devrait venir, de ce qui reste à inventer pour que les mots Démocratie, solidarité et égalité, ne soient plus vides de sens.
Merci à tous ceux qui ont pris du temps sur leur vie pour participer à nos débats.
Votre candidate
Monique Joubert